4h20 d’effort depuis le sommet, 1640 mètres de dénivelé négatif. Quel soulagement, nous y sommes ! La descente vers le Nid d’Aigle est sensée ne plus être qu’une formalité. C’est donc maintenant que nous avons deux heures pour apprécier à sa juste valeur ce que nous venons de faire !
Je descends le petit rocher qui me mène à la plateforme du refuge. Le petit escalier métallique est une nouvelle ascension … enfin, ce ne sont que 6-7 marches ! Je m’assois à coté de Jacques qui me semble encore fringant. C’est toute la qualité des hommes politique : bien paraître en toute situation ! Nous sommes sur le premier banc accessible dès l’arrivée au refuge. Quel bonheur !
Je délace mes lanières et retire mes crampons, c’est la dernière fois. Je les mets l’un contre l’autre, les crampons en vis-à -vis. J’entoure le bloc de la lanière et le range dans la poche la plus basse du sac à dos. Je retire mes guêtres et les ranges dans la poche extérieure droite du sac. Je quitte le baudrier et le casque. Ils iront dans le sac à dos. Je tombe deux épaisseurs et rentre dans le sas du refuge pour retirer les chaussures et enfiler des charentaises … à 3200 !!!
Je tire la porte du réfectoire. Il faut bon, il fait chaud. Il est tout en bois avec des belles baies vitrées qui ouvrent la vue sur le glacier et l’aiguille de Bionnassay. Je m’assoie sur un banc. Je n’en bougerai plus pendant 2 heures ! Tant que nous sommes peu à être arrivés et que j’en ai la possibilité, je m’adosse contre le mur, je tends les jambes sur le banc pour mieux faire remonter le sang et les détendre. J’essaie de retrouver un rythme cardiaque correct : entre 90 et 100. Je prends un Coca Cola qui me fait remonter à 110.
Nous avons le temps de partager notre aventure. Je vois Eric et Sophie arriver dans le réfectoire, ils ont l’air exténués. Sophie me confie que la descente du Goûter a été un calvaire pour eux. Eric est sujet au vertige, Sophie aussi semble-t-il. Outrepasser leur phobie a dû leur pomper une énergie supplémentaire considérable !
Jacques souffle à mes côtés, il accuse le coup aussi. Didier Gustin arrive en dernier, il m’a touché au sommet à le voir pleurer sans effusion, simplement comme un homme heureux. Là , il est livide, crevé, sans énergie, je peux lire le bonheur et la fierté dans ses yeux mais il n’y a plus que ça. L’étincelle d’énergie se cache bien. A-t-elle fuit ?
Nous commandons, nous avons le choix entre omelette au fromage et omelette complète. Pour moi ce sera complète et plutôt deux fois qu’une !!! Elle est succulente ! Et elle cale bien ! En dessert, salade de fruit je crois.
C’est le moment de décompresser avant le café. Il y a du bruit dans le réfectoire mais le brouhaha est très supportable. De toute façon je suis dans un état tel que je peux faire abstraction de ça pour me ressourcer. Je ferme les yeux, adossé de nouveau contre la fenêtre, le dos chauffé par les rayons du soleil. Je me repasse les images de cette aventure. Je respire calmement, profondément, je me nettoie à l’intérieur.
Pour pouvoir avoir le train de 17h50, il nous faut partir du refuge à 16h. L’heure va bientôt sonner.
12h10 – Redescente de l’Aiguille du Goûter vers Tête Rousse (3817 – 3167 m) |
16H15 – Départ de Tête Rousse vers le Nid d’Aigle (3167 – 2372 m) |
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