Nous arrivons vite dans le Col du Dôme. Je commençais à trouver la descente fatigante alors j’accueille ce replat comme une première bénédiction. Antoine avait tendance à avancer à son rythme : celui d’un mec de 20 ans, sportif de très bon niveau (licencié en foot). Et ma position de deuxième commençait à devenir dure à tenir parce ce que, me faisant embarquer dans la pente et avec un Olivier à qui le rythme d’Antoine convenait très bien avait les jambes qui le démangeaient aussi pour accélérer.
Cette traversée retour dans le Col du Dôme est une bénédiction pour mes jambes. Marcher redressé est un bonheur. Faut pas croire que la descente soit de tout repos. Bien au contraire, c’est un autre sport, le deuxième effet Kiss Cool, le revers de la médaille. Avec la fatigue de la montée, j’ai l’impression de peser le poids d’un éléphant et en plus de devoir assumer la vitesse d’une Antilope juste devant moi (Antoine).
Nous devons ensuite légèrement remonter vers l’Epaule du Dôme du Goûter. Cette nouvelle ascension nous remet dans un faux rythme que nous avons quitté 2 heures avant au profit d’une marche qui commence à être sportive. Le souffle court, nous passons l’épaule du Dôme et là ça devient épique !
Antoine voyant cette grande pente qui nous sépare du refuge du Goûter et que nous avons mis 2 heures à monter se lance volontiers dans une marche rapide, presque au pas de course en relevant les genoux pour profiter de cette neige légère en cours de transformation. Les 40 centimètres de fraîche au dessus de la glace nous permettent presque de courir sans craindre la chute ou la glissade. Les dizaines de mètres défilent vite. La fatigue reste présente mais l’amusement gagne du terrain et le soulagement de voir enfin de l’arête de l’aiguille du Goûter au bout de la pente, en bas du Dôme.
Après 2 heures et demi d’une descente volontaire, musclée parfois, nous arrivons en bas de l’épaule. Cette grande pente qui servait à accrocher les lucioles de ce défilé aux flambeaux à 3 heures du mat nous voit redescendre comme des snowboarders en crampons. Nous ne sommes plus en file indienne, tous les 3 de front. La trace n’est plus unique. Des dizaines de traces de pas forment une autoroute vers l’aval.
Antoine manifeste enfin des signes de fatigue, alors que pour moi c’est le contraire. Il m’a fallu quelques quarts d’heure pour me remettre d’une ascension éprouvante tant physiologiquement que psychologiquement.
Je me retrouve alors à pointer mon nez devant les 2 musclors dans cette fin de descente. Nous remontons légèrement sur la crête glacière et traversons le bivouac déserté. Des tentes sont encore dressées mais la majorités des emplacements est vide. Le chemin qui nous sépare du refuge est vite avalé. Une courte pause pour reprendre des forces est pressentie c’est pourquoi nous sommes impatients d’y arriver.
Le fait que nous soyons les plus rapides nous permet d’arriver les premiers une nouvelle fois au refuge devant les autres ambassadeurs. Rappelons-le, le Mont Blanc n’est pas une course contre les autres. C’est une expérience contre soi-même où la cordée s’adapte à la vitesse du plus lent de ses membres. Notre cordée, plutôt homogène et jeune était simplement et intrinsèquement rapide. La plus rapide (exceptée celle d’Eric Loizeau) soit ! Et donc en arrivant les premiers aux endroits de pauses, nous pouvions jouir de périodes prolongées pour se reconstituer et se décontracter.
En arrivant au refuge, toujours le même rituel pour se décorder, enlever les crampons et ranger les accessoires sur le sac à dos. Nous gardons une fois n’est pas coutume nos chaussures d’alpinisme pour rentrer dans le refuge. Pour reprendre le plus vite de l’énergie, je prends un Coca Cola tandis qu’Olivier est plutôt adepte d’un chocolat chaud.
Je me pose à coté de mon frère au fond de ce réfectoire qui est étriqué. Première fois depuis 18h la veille que nous pouvons nous décontracter après l’effort. Je suis « KO », j’engloutis des gâteaux Gerblé, des barres aux fruits et céréales. Antoine descend 3 sachets de gâteaux Gerblé !! A lui aussi cette pause fait du bien ! Nous allons sacrément en profiter. Puisque les ambassadeurs vont arriver au compte goutte. Et que nous attendrons qu’ils soient tous arrivés et qu’ils aient presque tous consommé pour repartir.
C’est l’occasion de voir leurs têtes démasquées, sans capuche, sans bonnet. Nous avons tous des têtes de mineurs, sans être barbouillés de noir. Mais les traits sont tirés, les mines déconfites mais le sourire jusqu’aux oreilles.
Jacques, Didier … ils sont cuits ! Je les comprends. Moi c’est même topo. Je suis bien fatigué mais je ne saurais comparer mon état de fatigue au leur. En revanche s’il fallait à ce moment comparer ma faculté à récupérer, la différence serait flagrante. Le bilan de cette pause à 3800 est ultra positif. Je repars la fleur au fusil vers la falaise avec de l’énergie et la peur au ventre.
Après être retourné à l’annexe chercher les équipements que nous n’avons pas utilisé pour monter au sommet et en revenir, je discute avec Olivier de la descente qui approche en lui rappelant que je balise sérieux ! En me rééquipant, je lui demande de me mettre en confiance, de me rassurer plus que de m’assurer. Me retrouver face au vide m’inquiète tant j’ai lutté en grimpant pour trouver une sérénité introuvable.
08H50 – Redescente vers le refuge Vallot (4810 – 4362 m) |
12h10 – Redescente de l’Aiguille du Goûter vers Tête Rousse (3817 – 3167 m) |
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