Carnet de route du Mont-Blanc
09H45 – Du Nid d’Aigle (2372 m) vers le Refuge de Tête Rousse (3167 m)
09H45 – Du Nid d’Aigle (2372 m) vers le Refuge de Tête Rousse (3167 m)
23rd sept 2010 Publié dans : Carnet de route du Mont-Blanc 0

Au long du sentier fait de poussière et surtout de cailloux et rochers, nous avançons calmement, sereinement.
Comme sur l’ascension de la Bérangère, les guides impriment le rythme et les ambassadeurs (les VIP et membres de cordées sont nommés ambassadeurs du Mont Blanc pour colporter le message du Maire) suivent.

Je scrute mon cardio-fréquencemètre pour connaître déjà lors des premières pentes mon pouls.  Je vais battre majoritairement entre 116 et 126 puls/min.

Le chemin est marqué par des traits de peinture rouge sur les flans des rochers. Le 1er tiers de la montée se fait sur un sentier plutôt régulier. Il décrit parfois des lacets dans la montagne pour éviter de monter face à la pente. Gilles, Marcel, les deux Olivier et Marc sont nos guides. Ils se mêlent au groupe pour discuter le long de la montée. Tant qu’on peut parler c’est que tout va bien. Personne n’est essoufflé. Enfin personne sauf … le Maire. Alexis Olivier, Fabienne Amiach, Jean Marc Peillex, Eve Gautier notamment sont de ceux qui nous accompagnent jusqu’au refuge de Tête Rousse.

Ca fait un peu colonie ou groupe de scouts en ballade. Sauf que nous avons un équipement d’enfer avec nous et de très grands pros de l’alpinisme. L’ambiance est bonne enfant. On entend volontiers les guides parler de la flore et du terrain. Certains même s’aventurent à des sujets de discussions plus sérieux. Ce début de Mont Blanc fait penser à une ballade bucolique. Manquent plus que les papillons, les fleurs et les près. Fabienne Amiach est très bavarde … elle peut, elle n’ira pas en haut et assure l’ambiance avec des réflexions drôles et spontanées.

Nous faisons une première pause après une demi heure de marche ce qui nous permet d’enlever une couche. En l’occurrence une grosse polaire. Avec les premières grimpettes nous avons déjà chaud, les rayons du soleil ne tapent cependant pas encore sur le versant que nous escaladons. Les premières gouttes de sueur ont fait leur apparition. Dans les premiers lacets de la Bérangère je reconnais avoir sué à grosses gouttes comme Zidane. Là un peu moins c’est sur.

Antoine, mon petit frère, ne s’arrête pas et poursuit seul la marche jusqu’au au refuge.
Ce bonhomme a une caisse phénoménale. Un talent fou et un mental, quand il ne fait pas de caprices ou de colères mal placées, à toute épreuve. Il aime par-dessus tout la compétition. Il aime quand ça frotte et qu’il lit dans le regard de l’autre la reconnaissance de sa défaite. En montagne, Antoine est un cabri.

Toutes les vidéos de la mntagne sur tvmountain.comEn voilà un autre qui est un extraterrestre : David Authemans, ancien guide. Il sera notre JRI (Journaliste Reporter d’Images) sur l’expédition. Il dispose de facultés physiques ahurissantes. Pour pouvoir nous cadrer, il doit nous précéder de quelques dizaines de secondes, choisir des angles de vue toujours sympathiques, se poser, faire le point et filmer. Il nous laisse passer devant lui, remballe le matériel et repart pour nous doubler et recommencer le même cérémonial.

Pendant ce début d’ascension, mes sensations physiques semblent excellentes, les courbatures de la Bérangère s’effacent au fur et à mesure que les musclent chauffent. Nous adoptons une démarche bien réglée et mécaniquement habituelle pour les alpinistes qui va nous permettre de gérer cette randonnée sans trop de difficulté à la fois pour ceux (la majorité) qui iront en haut et ceux qui n’iront qu’à Tête Rousse. Les bâtons servent beaucoup pour assurer la stabilité et la cadence de la marche.

Poussière, terre, cailloux, rochers sont parsemés le long du chemin. Nos chaussures de randonnée passent comme des gros 4×4, des monster trucks. Sur les cailloux ce n’est pas la chaussure qui plie, c’est la cheville à l’intérieur. Contre les rochers, mettez ces chaussures au défi de s’abîmer ! Impossible ! Ce sont même les pieds qui finalement vont souffrir à l’intérieur : les doigts de pieds de Pascal Potier et Gérard taperont contre la coque rigide à la redescente au point que Pascal secouru par Didier Gustin sera retardé et loupera le tramway que toute la cordée prendra au retour.

Des petits pas, presque la moitié d’une foulée que nous ferions dans les rues de Paris.
La tête mi-baissée, non pas pour se recueillir mais pour observer les pas de celui qui précède. Un pas lent, des respirations profondes pour fuir l’essoufflement et finalement presque exagérer à l’inverse. C’est presque caricatural, le pas de l’alpiniste. Même en randonnée on ne va pas aussi lentement ! Puis finalement si c’est presque du recueillement. On est pour la plupart absorbé par notre marche, par notre projet. Certes certain parlent, je m’accorde quelques « ça va ? » à Philippe Bruet ou Eric Revel … Mais j’aime garder le silence dans un effort d’endurance.

Etre en soi, être en accord avec soi pour aller porter ce soi au-delà de soi et pas au-delà de lui ou d’elle. L’ascension du Mont Blanc n’est pas une compétition ; les guides parlent de course mais il ne s’agit que d’un mot pour qualifier l’expédition. L’ascension du Mont Blanc est un défi personnel. Dans le cas cette opération (la Montagne à l’état pur), c’est un double défi : personnel (il faut que j’aille en haut pour moi, pour me prouver que j’en suis capable et réussir cette aventure) et collectif (nous devons vivre ensemble, réussir ensemble ou échouer ensemble pour porter le message du respect de la montagne).

Etre en soi, être en harmonie avec la nature.
Gilles l’un de nos guides m’en a parlé déjà lors de notre ascension de la Bérangère puis de nouveau lorsque nos chemins se croisaient en refuge dans le Mont Blanc. Gilles a été séduit par le Bouddhisme lors de son expédition en Himalaya. C’est avec des yeux passionnés qu’il nous a fait partager cet apaisement de l’esprit, cette osmose avec soi, son âme et les autres qu’il finalement facile d’obtenir. Croyez-moi ça vaut le détour tant ce qu’il nous racontait était en accord avec ce que nous ressentions dans notre âme et dans notre corps.

Au long de cette marche, les groupes se font et se défont. Tantôt avec Philippe Bruet, tantôt avec mon père et mon frère Antoine, où dans les pas de Gilles, Marcel ou encore Olivier que sais-je. J’entends dans mon dos la voix d’Eric Revel, un géant au cœur tendre. Il me dit en quelque sorte apprécier mon rythme métronomique. Savoir que j’inspire la confiance dans la gestion de l’effort me rend fier sur le moment. Eric est marathonien ce qui est plutôt un exploit pour lui qui dépasse le mètre quatre vingt dix ! Il court avec sa femme Sophie qui nous a épatés lors de l’ascension de la Bérangère par son aisance. Tous les deux sont des personnes d’une valeur inestimable. Ils sont arrivés au sommet main dans la main. C’est grand de pouvoir faire des rencontres comme ça dans la vie.

Après près de 2 heures de marche, nous arrivons sur un pierrier. Sur cette partie-là, nous serons exclusivement sur des rochers et des cailloux. Comme lors de notre ascension d’entraînement, les pieds et les chevilles sont mis à rude épreuve. Cette traversée assez plane dans ce qui ressemble à un glacier ou à ses restes nous force à être vigilant sur l’endroit où nous posons les pieds. Combien de fois nous allons nous tordre la cheville sur une pierre plate qui va bouger, combien de fois nous allons glisser sur les tas de pierres. Certes le pied n’ira pas loin, certes on ne perdra pas notre équilibre, mais à chaque fois c’est de l’influx nerveux en moins pour la suite.

Après avoir traversé le pierrier, nous nous arrêtons à la base d’un piton rocheux, dernière partie avant le refuge et le déjeuner. Une petite colonie de bouquetins nous observe sans s’éloigner. Les plus proches sont à 5 mètres de nous. Nous buvons une gorgée d’eau et mangeons des barres énergétiques. L’alimentation et l’hydratation sont aussi importantes que la gestion de la respiration et de la vitesse dans ce type d’aventure.

Antoine fait toujours cavalier seul. Pas de nouvelles, bonne nouvelle ? Je ne sais pas … Le massif est tellement hostile. J’espère juste qu’il est sain et sauf dans l’ascension du piton rocheux. Ou mieux : déjà arrivé ?

Le 3ème tiers de la randonnée vers le refuge de Tête Rousse est le plus délicat comparativement au début depuis le Nid d’Aigle.
La grimpette est plus verticale avec des lacets raccourcis. Quelques passages légèrement escarpés avec un câble en guise d’assurance. La neige fait son apparition sous nos pieds, mêlée à la boue et aux cailloux. Nous n’avons pas encore besoin de chausser les crampons. Je pense au fil de ces quelques centaines de mètres à Eve Gautier , Fabienne Amiach et Jean Marc Peillex qui n’avaient jusque-là pas randonné sur du mixte rocher-neige et qui n’ont pas les même chaussures que nous.

David Authemans pour tvmountain.com est juché en haut du piton rocheux. Il nous filme patiemment, paisiblement. Je n’ai pas vu quelqu’un d’aussi calme et tout en intériorité que lui depuis longtemps.

En arrivant au sommet du piton, nous apercevons le refuge que nous allons atteindre d’ici 5 minutes en traversant une plaine enneigée. Nous apercevons aussi le glacier de Tête Rousse qui plonge pour rejoindre celui de Bionnassay. Vertigineux déjà. Et nous allons le traverser pour aller au refuge.

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Julien Holtz : Spécialiste de l'expérience utilisateur web : conception et production de dispositif digital, architecture de l'information, ergonomie, scénarisation, conseil, assistance à maitrise d'ouvrage. Découvrez sur le site mes compétences et réalisations. Découvrez également pour l'anecdote, le cheminement qui m'a mené à ce métier, une histoire très originale !