Carnet de route du Mont-Blanc
08H50 – Redescente vers le refuge Vallot (4810 – 4362 m)
08H50 – Redescente vers le refuge Vallot (4810 – 4362 m)
23rd sept 2010 Publié dans : Carnet de route du Mont-Blanc 0

Antoine m’a prévenu lors de l’ascension qu’en 2005 il s’était émotionnellement trop lâché au Sommet. Pour lui la descente avait été un calvaire, il raconte avoir marché comme un zombie, sans influx nerveux. On ne l’y reprendrait pas à deux fois. Moi non plus donc !

Olivier nous encorde de nouveau. Antoine était derrière à la montée, il sera le premier la descente. Olivier derrière va nous assurer et pourra ainsi nous retenir en cas de pépin si l’un de nous perd l’équilibre. Je reste au milieu. Ce n’est pas la meilleure place … vous comprendrez pourquoi.

La descente commence donc, nous repassons sur l’arête finale, tout sur les cuisses pour freiner et retenir le poids. Aucun souci, mon entraînement cycliste m’assure une certaine endurance dans le domaine !

Nous sommes face à la pente, Antoine a du jus. Il avance d’un pas rapide et alerte. Moi je suis avec le passif d’une montée usante. La carburation n’est pas encore là mais je compte sur les barres ingérées au sommet pour retrouver un second souffle.

Nous croisons comme prévu les dernières cordées dans la descente. Nous devons nous mettre sur le coté et laisser passer les alpinistes dont certains sont plutôt gauches. Il semblerait donc que les plus expérimentés et passionnés soient ceux qui se lèvent le plus tôt !

Pour nous il s’agit de maintenir notre équilibre latéral le temps que les cordées ascendantes passent. Pas le droit à l’erreur parce rien ne nous retient. Nos marches sont extrêmement étroites. Je peine à retrouver ma concentration tellement l’émotion d’il y a 5 minutes était intense.

C’est reparti. Encore une cinquantaine de mètres et nous croisons des étrangers non encordés et qui semblent paralysés alors que nous leur laissons un « boulevard » sur cette fine arête de 50 cm de large.

Antoine reprend alors la descente. On avale les mètres de plus en plus vite. J’ai en tête un altimètre d’avion avec les chiffres qui tournent au fur et à mesure. 4780, 4779, 4778, 4777 … Le relief est pour le moment beaucoup moins impressionnant dans le sens de la descente que dans le sens de la montée ! Peut être est-ce notre expérience en ski et en vtt de descente qui nous permet d’aborder cela très sereinement et avec un certain amusement.

Nous arrivons très vite sur le Rocher de la Tournette. Pas besoin de pause. Nous nous arrêterons au refuge Vallot après avoir franchi l’Arête de Bosses. Je sais que ce sera long. Alors j’essaie de me ménager et donc forcément de ralentir lorsque nécessaire Antoine en tendant la corde qui me relie à lui.

Comme Eric Baronne sur ses pierriers mais un peu moins vite que lui ; nous descendons 3 fois plus vite ce que nous venons de monter 1 heure et demi plus tôt. Là où c’est le manque d’oxygène qui nous usait dans la montée, c’est maintenant une bonne vieille fatigue musculaire qui joue. Alors que nous arrivons sur le grand ressaut juste au dessus du refuge Vallot je pense fortement à cette pause. Je me vois déjà m’allonger dans la neige et me détendre le dos.

Si la descente vers le refuge du Goûter ne semble être qu’une formalité je commence en revanche à angoisser sur la descente de l’Aiguille du Goûter ! Je crois que je vais d’ailleurs un peu saouler Olivier d’ici le début de cette descente dans la falaise. A tort d’ailleurs, vous comprendrez pourquoi. La cordée des Revel et celle de Jacques Gautier arrivent alors qu’Olivier revient vers nous. Nous repartons vers la pente.

Malgré ce que j’ai mangé au sommet, j’ai très faim et le fait que nous devions attendre le refuge de Tête Rousse pour déjeuner m’inquiète fortement. En sous-titre, il faut comprendre : bordel mon ventre crie famine ! On n’a pas mangé depuis 2 heures du mat et on ne va manger qu’à 14 heures !!!

Nous arrivons au refuge Vallot, décidément un endroit salvateur pour moi ! A la montée pour soulager mes intestins, à la descente pour détendre un corps qui a besoin d’un second souffle. Je vire ce sac dos très pratique et confortable et m’assoies dans la neige comme j’en ai rêvé pendant qu’Olivier file voir ses camarades guides qui sont montés au refuge pour réaliser des travaux sur la toiture. Nous sommes encore à 4367 mètres, et déjà l’air est plus respirable et j’irai même jusqu’à dire que de le respirer pendant notre pause me revigore quelque peu comparativement au sommet.

Vue de l'arête des bosses par au dessus

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Julien Holtz : Spécialiste de l'expérience utilisateur web : conception et production de dispositif digital, architecture de l'information, ergonomie, scénarisation, conseil, assistance à maitrise d'ouvrage. Découvrez sur le site mes compétences et réalisations. Découvrez également pour l'anecdote, le cheminement qui m'a mené à ce métier, une histoire très originale !