Je regarde en l’air comme si, en dégageant la gorge, j’allais pouvoir respirer et me calmer. La crise n’est pour l’instant pas aussi terrassante que 150 mètres plus bas mais je ne maîtrise vraiment plus rien.
Je ne vais pas faire la star parce qu’il y a la caméra. Antoine, qui d’habitude est un showman, n’emmène pas large non plus et fait juste un signe à l’objectif.
En arrivant sur le plateau, le premier sentiment qui me traverse (et c’est un peu égoïste), c’est le soulagement. Je suis tellement usé par ce conflit contre la fatigue que je n’ai pour première pensée que celle de profiter de cette libération. (Nous nous disons épuisés mais 1 heure plus tard nous cavalerons comme des bambins dans la poudreuse !)
Alors que nous sommes encore en train de marcher pour aller au bout du plateau là où il y’ a un maximum de place pour toutes nos cordées, la deuxième chose qui me conquiert alors que je viens de conquérir le plus haut sommet d’Europe Occidentale, c’est l’émotion d’avoir fait ça avec mon frère Antoine, avant même ma fierté personnelle d’avoir relevé le défi. J’ai fait le Mont Blanc, j’ai vécu l’expédition, j’ai réalisé l’épreuve la plus dure de ma vie avec mon petit frère ! Lui que je désirais tant quand j’étais petit pour avoir un compagnon de jeu, lui que j’ai ensuite silencieusement et inconsciemment jalousé pendant son enfance parce qu’il était la star et le centre des préoccupations, lui qui aujourd’hui commence à s’exprimer à se révéler par ses goûts, ses envies, ses idées et devient adulte ; j’ai fait ça avec ce bonhomme avec qui je chahutais quand j’étais enfant !!!
Olivier s’arrête, je sais que c’est fini ! Je lui serre la main, l’enlace et je me retourne immédiatement pour prendre mon frère dans mes bras et fonds en larmes. Je n’avais jamais pleuré devant lui, à peine une fois quand je m’étais cassé la clavicule 11 ans auparavant.
Nous avons tous les deux des sortes de convulsions incontrôlables. Lui, un artiste hédoniste à fleur de peau, moi un artiste observateur tout en intériorité, nous trouvons sur le même terrain avec le même langage : l’émotion, les larmes. Ce moment est à nous pour la vie !
Merci Papa de nous avoir permis de le vivre entre frères ! D’une certaine manière tu étais avec nous : c’est la chair de ta chair, le sang de ton sang que nous avons emmené là -haut !
Olivier nous détache, il n’y a aucun danger à au moins 50 mètres à la ronde. Je vais profiter de cet instant de plénitude. Quelques respirations profondes, l’air s’est enfui, il n’y a vraiment pas beaucoup. La lumière est intense malgré un soleil de petit matin. Le vent souffle très fort, il fait très froid à cause de cela.
Je pense à mon père qui est encore dans les pentes en dessous, je ne sais où, mais j’espère que tout va bien pour lui et Didier Gustin. Je ne doute pas qu’ils arriveront en haut tant Didier s’est montré impliqué et motivé dans la préparation. Je ne doute pas de mon père qui à une sacré caisse malgré ses 60 ans cette année. Ce sera son 3ème Mont Blanc, peut être le plus émouvant car avec ses 2 p’tits mecs !
Je pense alors à tous ceux que j’ai croisé dans la vie et qui m’ont aidé à me dépasser, à mes amis, à ma famille, à mon parrain, à toutes ces épreuves que j’ai réussies, à mes échecs lointains ou récents. Je sais que cette aventure me servira …
Deuxième promesse : je reste à genoux, j’ai déjà froid aux mains, et je compose le numéro de ma maman Framboise. A mon grand regret, je tombe sur sa messagerie … Maman je t’embrasse !
Puis je tourne avec mon téléphone une vidéo à 360° du panorama au sommet du mont blanc. Beaucoup de vent, beaucoup de bruit donc. Mais rien ne nous dépasse et ne nous bouche l’horizon !
06H30 – Ascension de l’Arête des Bosses (4550 m) au sommet du Mont-Blanc (4810 m) |
08H30 – Les ambassadeurs du Mont-Blanc sont tous au sommet. 100% de réussite !!! |
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